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COLLECTION : POLITIQUES DE LA TRANSITION

Produire plus, polluer moins : l’impossible découplage ?

Thierry Caminel, Philippe Frémeaux, Gaël Giraud, Aurore Lalucq, Philippe Roman / préface de Dominique Méda et Géraldine Thiry

Produire plus en dégradant moins l’environnement : telle est la perspective incarnée par le concept de découplage. En des temps où la crise écologique s’aggrave et où la croissance économique fait défaut, il accompagne l’espoir d’une « croissance verte » qui associerait retour au plein emploi, progression du pouvoir d’achat et réponse aux défis environnementaux.

Tout le problème est que ce miracle, nous expliquent les auteurs, ne s’est encore produit nulle part à ce jour. En outre, à étudier les ressorts de la croissance passée, on constate qu’elle a été étroitement dépendante d’une énergie abondante et bon marché.

Si nous voulons éviter une décroissance brutale, imposée par les pénuries de ressources ou la dégradation des écosystèmes, provoquant chômage de masse, aggravation des inégalités, menaces pour la paix et la démocratie, il faut sans attendre mettre en oeuvre un nouveau modèle d’économie et de société, économe en énergie et en matières.

Pour se procurer le livre, c’est ici !

L’Ecologisme des pauvres

L’écologie, un luxe réservé aux pays riches ? Faux, rétorque Joan Martínez Alier, qui prouve à travers ce livre que justice sociale et préservation de l’environnement, loin de se concurrencer, vont de pair. À rebours de la croyance selon laquelle il faudrait avoir atteint un certain niveau de confort pour se « permettre » d’être écologiste, l’auteur montre qu’il s’agit souvent d’une question de vie ou de mort pour les plus démunis.

Ainsi, tout comme il existe un écologisme de l’abondance (le tri sélectif ne peut s’inventer que dans des endroits où les poubelles débordent !), il existe partout dans le monde un écologisme des pauvres. Car non seulement les pauvres dépendent étroitement de leur environnement pour survivre, mais c’est aussi vers eux que sont transférées les activités les plus polluantes. Dans ce livre devenu un classique de l’écologie politique, Joan-Martínez Alier s’interroge sur les calculs possibles pour déterminer un prix « écologiquement correct » intégrant les dégâts environnementaux et sociaux. Mais, bien au delà, il insiste sur l’incommensurabilité des valeurs : quel prix donner à une vie humaine ? Quel prix pour une terre « sacrée » détruite par une mine de cuivre, ou pour une communauté entière exposée à des déchets toxiques ?

Aujourd’hui, petit à petit, la notion de justice environnementale fait son chemin. L’idée de dette écologique également : ceux qui utilisent le moins de ressources ne seraient-ils pas les créanciers de ceux qui les gaspillent ? Autrement dit, les riches n’auraient-ils pas une dette écologique envers les pauvres ?

L’écologisme des pauvres, une étude des conflits environnementaux dans le monde, Joan-Martinez Alier, Institut Veblen-Les petits matins, septembre 2014.

L’écologisme des pauvres vingt ans plus tard : Inde, Mexique et Pérou

L’écologisme des pauvres désigne les conflits causés par la croissance économique et par les inégalités sociales lorsque les effets négatifs de l’extraction des ressources et de l’évacuation des déchets sur l’environnement sont imposés à des groupes sociaux marginalisés. Ces conflits se déroulent parfois aux frontières de l’extraction, dans des territoires autochtones et des zones de refuge où il n’existe aucune couverture journalistique. Cette résistance est écologique même quand le mouvement ne recourt pas à cet adjectif. Ces mouvements de l’écologisme populaire perdent généralement la partie.

Les gagnants sont les experts en résolution de conflits que ce soit par décès de l’une des parties, par incarcération, exil forcé, corruption des dirigeants, division organisée des communautés par les conseillers des gouvernements et des entreprises. Dans certains cas, la résistance populaire l’emporte provisoirement, jusqu’à ce qu’un nouvel investisseur fasse son apparition. Que le projet soit minier, pétrolier ou hydroélectrique, il bénéficiera du soutien de l’État. Mais soyons optimistes : ces mouvements constituent une force sociale de premier plan. Ils sont à la recherche d’alliés dans le monde entier. Leur désir est simple : ils veulent orienter l’économie vers une voie plus juste et plus soutenable. De la résistance naît l’alternative.